Pour des raisons professionnelles, j’ai quitté Rhône-Alpes et élu domicile, début 2026, à Eyragues, une petite commune des Bouches-du-Rhône proche d’Avignon. Quand on est naturaliste, c’est toujours excitant de se dire que l’on va pouvoir explorer de nouveaux paysages et de nouveaux biotopes.
Le premier avantage de ce nouveau lieu de vie, c’est d’être à la campagne et de pouvoir sortir sans avoir à prendre son véhicule. En revanche, la zone étant majoritairement consacrée aux cultures maraîchères, aux champs d’oliviers et de vignes ainsi qu’à l’élevage de moutons et de chevaux, je redoutais de ne pas y trouver une biodiversité très importante.

Pour ceux qui ne le sauraient pas, mes centres d’intérêt se portent principalement sur les orchidées, les libellules et les oiseaux. C’est donc naturellement sur ces groupes que j’ai axé mes sorties.
Les orchidées
Avec l'expérience acquise au fil des années, j’ai ciblé mes recherches sur les zones de garrigue et de sous-bois qui subsistent entre les cultures et qui, a priori, n’avaient pas vraiment d’espèces référencées sur Orchisauvage. Les stations prospectées se situent en bordure de Saint-Rémy-de-Provence, et certaines des espèces découvertes ont aussi été relevées sur cette commune, même si c’est loin d’être la majorité.
Ce fut donc l’occasion de compléter les cartes de répartition, grâce à une richesse non négligeable d’espèces patrimoniales, dont un taxon peu courant : Ophrys fuciflora subsp. souchei.
Taxons inventoriés sur la commune :
Anacamptis pyramidalis, Cephalanthera rubra, Epipactis helleborine, Epipactis muelleri, Himantoglossum hircinum, Himantoglossum robertianum, Ophrys apifera, Ophrys arachnitiformis, Ophrys fuciflora subsp. demangei, Ophrys fuciflora subsp. souchei, Ophrys lutea, Ophrys passionis, Ophrys vetula, Orchis purpurea
Voici quelques images de ces beautés que nous offre dame Nature !


















Les odonates (libellules)
Autre domaine de prédilection pour moi les libellules. Pour rappel si besoin, les odonates ont besoin d’eau pour se reproduire : sa présence est fondamentale si l’on veut en observer. Rappelons qu’ils sont de bons indicateurs de la biodiversité des milieux humides.
Eyragues a la particularité d’être traversée par le canal des Alpines, qui sert à l’irrigation des cultures. Il traverse différents milieux : zones boisées, champs et habitations. En revanche, très peu de milieux stagnants sont répertoriés. Aussi, lorsque j’ai découvert une « gravière » au milieu des champs et des vignes, j’y ai mis en place un suivi régulier. J’ai bien sûr également profité de mes balades pour recenser les espèces présentes près de chez moi, le long du canal et sur ses dérivations.
Là encore, j’ai été agréablement surpris par le nombre d’espèces que j'ai pu observées sur la commune.
Aeshna affinis, Anax imperator, Boyeria irene, Calopteryx haemorrhoidalis, Calopteryx splendens, Chalcolestes viridis, Coenagrion puella, Cordulogaster boltonii, Crocothemis erythreae, Hemianax ephippiger, Ischnura elegans, Lestes barbarus, Lestes virens, Libellula fulva, Onychogomphus uncatus, Orthetrum brunneum, Orthetrum cancellatum, Orthetrum coerulescens, Plactycnemis latipes, Sympecma fusca, Sympetrum fonscolombii, Sympetrum meridionale, Sympetrum striolatum.







































Les oiseaux
Là aussi, j’ai été gâté : j’ai pu observer des espèces méridionales que je n’avais pas l’habitude de côtoyer et qui sont une sorte de graal pour un naturaliste.
Les guêpiers (Merops apiaster) en font partie, mais la star incontournable, celle pour laquelle j’ai eu un véritable coup de cœur, est l’oiseau bleu : le rollier d’Europe (Coracias garrulus). Plusieurs couples sont observables sur la commune, même si les approcher sans les déranger relève de l’exploit.
Rappel important, il s’agit d’une espèce protégée ; son implantation s’explique sans doute en partie par le grand nombre d’arbres présentant des cavités favorables à sa reproduction.












La commune abrite aussi un certain nombre de rapaces que l’on croise régulièrement (faucon crécerelle - Falco tinnunculus -, buse variable - Buteo buteo -, milan noir - Milvus migrans -, chevêche d'Athéna - Athene noctua -), sans compter aussi le magnifique oiseau qu'est la Huppe fasciée (Upupa epops).
Les corvidés et les passereaux ne sont pas en reste : en pleine saison, plusieurs espèces de fauvettes, les serins cini (Serinus serinus), les gobemouches noirs (Ficedula hypoleuca) et les rossignols (Luscinia megarhynchos) notamment sont très présents dans les zones de garrigue ou boisées.
Ce ne sont que quelques espèces et je vais sans doute continuer à en découvrir d'autres lors de la prochaine saison.







Les insectes et araignées
Même si je suis moins un spécialiste des autres ordres d'insectes et araignées que des libellules, j'ai pu observer aussi des espèces diverses et intéressantes sur la plaine d'Eyragues dont je vous présente quelques images parmi les ordres des névroptères (Ascalaphes, Grand fourmilion,...) , lépidoptères (papillons), coléoptères, dictyoptères (Mantes et Empuses notamment), hyménoptères (Guêpes, abeilles, boudons, fourmis,...) et hémiptères (cigales,...).





















Pourquoi une telle diversité, et comment la préserver ?
Comme cet article tente de le mettre en avant, Eyragues possède vraiment une diversité importante sachant que je n'ai pas encore exploré tous les endroits qui sont potentiellement intéressants, ni inventorié tous les autres groupes taxonomique existants, notamment les mammifères. A savoir que pour ce groupe, j'ai aussi déjà croisé sans vraiment les chercher, blaireaux, lapins, sangliers, renards etc...
Bien que morcelés par les différentes cultures, quelques espaces restent préservés sur la commune, avec des biotopes variés. C’est la diversité de ces milieux qui explique la richesse d’une biodiversité encore relativement préservée. Mais celle-ci reste fragile, car la part du territoire encore disponible pour la faune et la flore se réduit.
Reste à savoir ce qu’il adviendra de ces endroits si l’on ne décide pas de les gérer de manière concertée, de façon à concilier agriculture et préservation de la nature.
J'ignore encore si un Atlas de la biodiversité communale (ABC) est prévu sur la commune et comment celle-ci s'inscrit dans la préservation des milieux et de la biodiversité mais je vais sans doute me rapprocher de la municipalité pour témoigner de cette biodiversité qui est un véritable patrimoine pour Eyragues et ses alentours.
































































































